Par Colin Laverdure
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Le 17 mai marque la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Pour l’occasion, le drapeau arc- en-ciel, symbole de la communauté LGBTQ+*, a été hissé sur l’Hôtel du Parlement de Québec. À Rimouski, ce sont les passages piétonniers qui ont revêtu les six couleurs qui le composent. D’autres initiatives de la sorte ont émergé partout sur la planète, comme le Conseil de l’Europe qui a lancé une campagne pour les droits humains, à la défense des personnes LGBTQ+, une bonne occasion de rappeler que ces droits humains, légaux ou sociaux, ne sont pas atteints.

Qu’est-ce que l’homophobie ?

On a souvent une idée assez forte de ce qu’est l’homophobie : on a rapidement à l’esprit des gestes de violence physique envers la communauté LGBTQ+, des gestes qui n’existent que dans les autres pays, chez les autres personnes. Cependant, l’homophobie est beaucoup plus pernicieuse : elle désigne tous les comportements ou attitudes négatives portés contre une personne parce que son orientation sexuelle perçue diffère de l’hétérosexualité. Par exemple, qualifier de « fif » un stylo défectueux ou une situation embêtante est, véritablement, de l’homophobie. De telles paroles tirent en effet leur source d’une haine envers les homosexuels efféminés et, si dans la bouche de celui qui l’utilise elle n’a peut-être pas de connotation négative réfléchie, elle peut en avoir pour la personne qui l’entend et qui s’en trouve blessée. Ce climat d’insultes voilées fait aussi partie de l’homophobie.

Homophobie au Québec

« L’homophobie n’existe plus au Québec » : voilà des paroles qu’on entend souvent, et pas seulement de la bouche d’animateurs de radio sans scrupule. Alors pourquoi parle-t-on encore d’homophobie au Québec ? Pour répondre à cette question, il convient de distinguer deux faits très importants : d’abord, le Québec tient probablement la position de chef de file en matière de lutte à l’homophobie et a fait des progrès incroyables à ce sujet. Il y a de quoi en être fier.

Mais malgré ces excellentes avancées, l’homophobie existe encore au Québec. Il suffit de regarder combien les membres de la communauté LGBTQ+ sont plus sujets aux problèmes de santé mentale et aux tentatives de suicide pour avoir une preuve que la situation, au niveau social, n’est pas égale. Le ministère de la Santé et des Services sociaux mentionne que les membres de la communauté LGBTQ+ sont entre deux et trois fois plus à risque de suicide que leurs homonymes. Bien que la société québécoise se dise très ouverte, rappelons que près de 40 % des gens se sentent mal à l’aise de voir deux hommes s’embrasser devant eux... Quand on parle d’homophobie, cela inclut aussi ces attitudes de rejet qui créent un sentiment d’inquiétude chez les personnes concernées.

Et le reste du monde ?

Dans le reste du monde, il y a beaucoup de travail à faire. Pas besoin de se déplacer bien loin pour voir des actes d’homophobie : chez nos voisins, la tuerie à Orlando est un bien sinistre rappel que la lutte contre l’homophobie ne doit pas se reposer sur ses lauriers. Il suffit de voir les réactions que l’acceptation du mariage pour tous et toutes a suscitées en France et aux Etats-Unis ! Que ce soit une opposition au mariage ou à l’homoparentalité, cette légalisation ne retire en rien le droit à ceux et celles qui l’avaient déjà... Comment expliquer alors une telle haine qui pousse les gens à s’opposer à ce qui ne les engage en rien ?

Il convient également d’avoir une pensée pour les personnes victimes des actes d’une rare barbarie qui sont commis en ce moment en Tchétchénie. Un siècle ne s’est pas encore écoulé depuis la Deuxième Guerre Mondiale et, déjà, des camps d’extermination font irruption pour organiser la violence envers les minorités. Et ce n’est pas la réponse du gouvernement tchétchène qui rassure sur la lutte à l’homophobie : « Les gays n’existent pas en Tchétchénie ».

La transphobie est également une réalité

Faute de temps, faute de mots, il est impossible d’aborder ici le vaste sujet des communautés trans et de la transphobie. C’est un sujet beaucoup plus récent que l’homophobie, qui fait couler de plus en plus d’encre – une bonne chose, car force est de constater que les transphobies, tant sociales que systémiques, sont encore très répandues de nos jours ! Dernièrement, la bédéiste trans et activiste québécoise Sophie Labelle a dû quitter son logement puisque le flot quotidien de menaces qu’elle reçoit s’est doublé de la diffusion de son adresse personnelle, et qu’elle craignait pour sa sécurité. En l’honneur du 17 mai, Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, prenons le temps de ne pas oublier la lutte en faveur de l’inclusion des personnes trans. Certes, comme pour la lutte contre l’homophobie, beaucoup de chemin a été parcouru, mais il en reste encore à faire.

*L’appellation LGBTQ+ désigne les membres de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transexuelle, queer et bien plus encore ! Il s’agit d’une façon d’intégrer l’ensemble des minorités sexuelles et de genre, toutes appellations confondues.

17 mai contre l’homophobie