Par Colin Laverdure

Du 7 au 9 novembre, les organismes d’action communautaire autonome du Québec entier se sont unis dans le cadre de la campagne « Engagez-vous pour le communautaire ». Revendiquant reconnaissance, réinvestissement dans les services publics et meilleur financement pour leur mission, nombre d’entre eux ont voté pour deux jours d’interruption de services. Ils ont donc pu organiser un panel varié d’activités, partout au Québec, pour rappeler les difficultés vécues actuellement. L’Assemblée nationale a voté avant la fin de la grève une motion en faveur d’une partie de leurs revendications ; une petite victoire pour une campagne qui se poursuivra en 2017.

Des revendications précises

Ce sont plus de 1 300 groupes à travers le Québec qui ont participé à diverses actions visant à rappeler que les organismes communautaires portent leur mission depuis trop longtemps avec un financement insuffisant et non indexé au coût de la vie pour le cas des groupes de défense collective des droits. De plus, avec les mesures de rigueur budgétaire qui érodent les services de santé, les services sociaux et le filet social, ces services renvoient vers les organismes les cas les plus complexes qu’ils n’ont pas le temps de gérer.

Leurs demandes sont claires : une reconnaissance en tant que moteur de changement social, un réinvestissement majeur dans les services publics et sociaux, de même que 475 millions $ pour financer de manière convenable leur mission.

Revendications des organismes communautaires en secteurs
2911 organismes en santé et services sociaux : 355 millions $
321 organismes en défense collective des droits : 40 millions $
271 organismes famille : 18 millions $
183 organismes en éducation : 14 millions $
463 organismes dans d'autres secteurs (immigration, environnement, loisir, habitation, solidarité internationale, médias communautaires, etc.) : 48 millions $


Deux jours mouvementés pour la Capitale-Nationale

Des ministères pris d’assaut

À Québec, ce sont 109 organismes qui ont voté la grève. Pour débuter ces deux journées, trois ministères ont été visés : le ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et le Conseil du trésor ont été pris d’assaut, pour une occupation pacifique jusqu’à l’avis d’éviction.

Une zone de grève colorée dans Saint-Jean-Baptiste

En après-midi, plus de 80 grévistes se sont rassemblés devant le centre communautaire Lucien-Borne, où une soupe populaire était servie. À l’horaire : une animation satirique illustrant les revendications de la campagne, qui s’est rapidement transformée en une séance de danse aérobique improvisée.

Les groupes de femmes insurgées contre le Premier ministre

La Protectrice du Citoyen et de la Citoyenne a déposé son rapport le 26 septembre 2016, dans lequel elle dénonçait les conséquences des coupures budgétaires, dont celles auprès des femmes. Réponse éloquente de Couillard ? « Ce n’est que du vent. » Qui sème le vent récolte la colère : les groupes de femmes ont donc organisé un rassemblement mixte où elles ont pu dénoncer ce manque de considération et clamer des discours exhortant à continuer la lutte pour les droits des femmes. Devant l’enthousiasme des militantes présentes, elles ont même bloqué René-Lévesque une dizaine de minutes.

« Locataires en colère contre les mesures austères! »

Avec les coupures à la Régie du logement, la réduction des budgets pour les logements sociaux et la privatisation graduelle de l’aide au logement, ce sont les locataires qui souffrent. Ne pouvant plus payer leur loyer, ils et elles ont décidé d’emménager au ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT). Malgré leurs efforts, c’est seulement après avoir passé les premières portes que les locataires ont été mis en échec par les gardiens. Toutefois, leurs boîtes marquées au fer des slogans comme « Pour le droit du logement » et
« Régie des proprios » sont restées au MAMOT longtemps après l’intervention musclée des gardiens de sécurité.

Des activités partout dans la ville de Québec

En plus de ces actions qui ont animé Saint-Jean Baptiste, on a pu voir des militant-e-s distribuer des tracts aux passages piétonniers de divers quartiers et faire du piquetage, un rallye dans St-Sauveur qui présentait divers organismes du quartier et dénonçait les coupures budgétaires, le rassemblement au Centre Local d’Emploi à Lévis, la projection de divers films et documentaires sur les thèmes de la lutte contre l’austérité et, enfin, une grande manifestation unitaire dans St-Roch réunissant environ 500 manifestant-e-s.

Et ailleurs dans la Province?

Les groupes de la Capitale-Nationale n’étaient pas seuls dans la lutte : des rassemblements, actions et manifestations ont résonné partout au Québec. Que ce soit les 4000 manifestant-e-s qui ont parcouru le centre-ville à Montréal, la marche aux flambeaux à Charlevoix, le théâtre de rue à Sherbrooke, le ralentissement de trafic sur la Côte-Nord, et bien d’autres encore, on ne pourra pas dire que cette campagne n’était pas unitaire. La preuve est là, les membres, les militant-e-s et les allié-e-s sont, en effet, engagés pour le communautaire.

Pas que les organismes communautaires mobilisés

En solidarité, pour les journées des 8 et des 9 novembre, deux associations étudiantes de Québec avaient aussi obtenu leur mandat de grève. Le Regroupement des étudiants et étudiantes en sociologie et le Mouvement des étudiantes et étudiants en service social de l’Université Laval se sont donc joints aux activités.

Barrette sort de sa cachette

Après avoir ignoré les organismes communautaires qui revendiquent, depuis longtemps, pour avoir un financement suffisant, Barrette a fini par déclarer : « le financement des organismes communautaires a toujours été au rendez-vous ». Si, en effet, l’austérité ne s’est pas attaquée directement au financement des organismes, on ne peut que déplorer cette constance : au cours des années, le sous-financement a toujours été au rendez-vous et les montants n’ont pas changé malgré l’augmentation du coût de la vie (en ce qui concerne notamment les organismes de défense de droits). « Le gouvernement peut affirmer actuellement, et cela sans mentir, qu’il augmente, d’année en année, les sommes qu’il octroie à l’ensemble des groupes d’action communautaire, mentionne Marie-Josée Corriveau, militante au FRAPRU. Ce qu’il omet généralement de préciser, c’est que près de la moitié de cet argent est versé pour des projets ponctuels ou dans le cadre de contrats de services. »

Pour sa part, Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Santé publique et aux Saines habitudes de vie, se questionne sur l’ancrage des organismes dans la communauté. « Si les organismes communautaires peinent à avoir du financement dans leur propre communauté, ça veut dire que la communauté n'est pas derrière eux », lance-t-elle. On comprend que l’idée de lutter contre la pauvreté, comme c’est la mission de nombreux organismes, passe six pieds au-dessus de la tête de Charlebois : voudrait-elle que les organismes demandent à ceux et celles qui ont trois fois rien de les financer ?


Des résultats moraux, c’est déjà ça !

Avant même que la grève du communautaire ne soit finie, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité en faveur d’une partie des revendications de la grève : « Que l’Assemblée nationale souligne l’apport des organismes d’action communautaire autonome au développement social et économique du Québec ; qu’[elle] demande au gouvernement de rehausser le financement des organismes d’action communautaire
autonome ». Bien entendu, il ne s’agit que d’une victoire morale : la lutte reste à faire pour que cette motion se traduise en véritable amélioration des conditions, de la reconnaissance, du financement et, enfin, en un réinvestissement tant attendu et mérité dans les services publics et sociaux, dont il n’est pas question dans la motion de l’Assemblée nationale.

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Ceci est la version longue d'un texte plus court publié dans l'édition de l'Infobourg de décembre 2016.

Organismes en grève : encore plus occupés !