Il y a longtemps que les groupes communautaires souhaitent être reconnus par le gouvernement, ici lors d'une action du RÉPAC en 1993 célébrant le mariage de l'éducation populaire autonome et du ministère de l'Éducation.

Il y a longtemps que les groupes communautaires souhaitent être reconnus par le gouvernement, ici lors d'une action du RÉPAC en 1993 célébrant le mariage de l'éducation populaire autonome et du ministère de l'Éducation.

Par Vania Wright-Larin (*)

Le 21 novembre dernier, le Conseil supérieur de l’éducation (1) rendait public un imposant rapport sur l’éducation populaire, L’éducation populaire : mise en lumière d’une approche éducative incontournable tout au long et au large de la vie. Le rapport dévoile des pratiques bien vivantes qui gagneraient à être connues et soutenues adéquatement.

Un portrait juste

Dans son avis, le Conseil s’emploie d’abord à définir l’éducation populaire et à en dresser un portrait. On retrouve des pratiques d’éducation populaire à l’intérieur du réseau de l’éducation, dans les groupes d’action communautaire autonome et dans les syndicats. Soulignons le fait que l’avis donne une définition de l’éducation populaire assez proche de celle qu’on lui donne dans le milieu communautaire.

« L’éducation populaire est un processus d’apprentissage interactif et collectif pouvant prendre diverses formes en réponse à des besoins variés ancrés dans différentes sphères de la vie adulte. Elle permet à des acteurs sociaux individuels ou collectifs de développer leur capacité à agir de façon autonome, à faire respecter leurs droits, à exercer les rôles qu’ils se donnent, à assurer leur propre développement et à participer à celui de leurs milieux de vie » (version abrégée du rapport, p. 6).

Le Conseil fait ensuite ressortir deux grands courants dans les pratiques d’éducation populaire : l’adaptation sociale et la transformation sociale. Dans le premier, on cherche à outiller l’individu pour qu’il « remplisse mieux ses rôles » dans la société. Dans le second, on cherche à démasquer des problèmes vécues pour agir collectivement sur la situation (sociale, culturelle, économique, etc.) à l’origine de ces problèmes. C’est dans ce deuxième courant que s’inscrivent la plupart des groupes communautaires qui font de l’éducation populaire.

L’apport de l’éducation populaire à une vision élargie de l’éducation

Selon le Conseil, alors que dans le système d’éducation formel la tendance lourde est le développement de la main d’œuvre et l’employabilité, l’éducation populaire permet d’élargir l’offre en matière d’éducation des adultes. Elle propose des modèles alternatifs qui cadrent davantage avec la réalité de certaines personnes et offre la possibilité d’intégrer une formation à la citoyenneté. Ainsi, l’éducation populaire en milieu non institutionnel (i.e. les groupes d’action communautaire autonome et les organisations syndicales) nous permet en tant que société de répondre plus adéquatement aux besoins d’apprentissage des adultes. Elle permet notamment aux personnes et aux collectivités de reprendre du contrôle sur leur existence et de participer au développement de leur milieu.

Redonner une place de choix à l’éducation populaire

Malgré les nombreux défis auxquels les pratiques d’éducation populaire sont confrontées dans les milieux où elles prennent vie, elles continuent de répondre aux besoins d’apprentissage et au désir de prise en charge de la population. Le Conseil propose trois orientations au gouvernement pour redonner ses lettres de noblesse à l’éducation populaire :

Engager le Québec dans une perspective d’éducation élargie à laquelle l’éducation populaire contribue pour le mieux-être des adultes.
Consolider et accroître la place de l’éducation populaire comme moyen de soutenir le développement du pouvoir d’agir des adultes et leur capacité à jouer leurs différents rôles.
Pérenniser et enrichir les moyens d’une éducation populaire de qualité.

Chacune de ces orientations est accompagnée de recommandations qui, nous l’espérons vivement, seront étudiées avec tout le sérieux nécessaire par le gouvernement.

Un avis qui tombe à point

À l’instar des centaines de groupes communautaires, les groupes membres du Regroupement d’éducation populaire en action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches (RÉPAC 03-12) ont fait grève les 8 et 9 novembre derniers afin de demander au gouvernement de financer adéquatement leur travail. L’avis du Conseil supérieur de l’éducation sera probablement très bien reçu par ces groupes qui par leurs pratiques contribuent à garder l’éducation populaire bien vivante. Parions qu’ils seront nombreux à en citer des extraits lors d’une prochaine visite chez leur député. Il ne reste qu’à croiser les doigts pour que cela les aide à être enfin entendus.

Pour lire le rapport complet ou sa version abrégée : http://www.cse.gouv.qc.ca/FR/Publications/index.html

(*) L’auteur travaille au Regroupement d’éducation populaire et action communautaire des régions de Québec et Chaudière-Appalaches


À méditer

Le Conseil soulève un point très intéressant par rapport à la politique de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire adoptée en 2001. Alors qu’on aurait pu penser qu’elle permette un plus grand rayonnement à l’éducation populaire, elle lui aura plutôt fait de l’ombre en faisant de cette approche de transformation sociale quelque chose qui dans les mots du ministère ressemble plus à une technique d’intervention de groupe (version abrégée de l’avis, p.39).

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Extrait du numéro de décembre 2016 du journal l'Infobourg

Ramener l’éducation populaire à l’avant-scène