Une centaine de membres des groupes communautaires de la région ont envahi le stationnement du Terminal de croisière de Québec  le jeudi 30 septembre aux petites heures du matin pour protester contre l'austérité et l'évasion fiscale.

Les groupes communautaires innovent dans la contestation

Par Nicolas Lefebvre Legault

Le jour même où Québec était sacrée meilleure destination culturelle au monde, une centaine de membres des groupes communautaires de la région ont envahi le stationnement du Terminal de croisière de Québec, le jeudi 30 septembre aux petites heures du matin. Les protestataires voulaient dénoncer l’austérité et revendiquer un réinvestissement majeur dans l’action communautaire autonome, les programmes sociaux et les services publics. Le lien avec les croisières ? Les paradis fiscaux. En effet, on sait depuis le scandale des Panama Papers que de nombreux bateaux de croisière sont enregistrés dans des paradis fiscaux et ne paient donc pas d’impôt.

Aucun touriste ne fut malmené pour mener à bien cette action. Tout au plus leur a-t-on remis un dépliant avec une carte de la ville de Québec qui montre « l’envers du décor », celui d’une ville ravagée par les mesures d’austérité. « L’austérité n’est pas une croisière au soleil », proclamait une bannière en trois langues. C’est le message que voulaient lancer les groupes communautaires. « C’est notre filet social québécois si durement acquis que le gouvernement détruit à grands coups de scalpel. Les soins de santé, l’éducation, l’aide sociale, les garderies, les centres jeunesse, l’aide à l’emploi, tout y passe », s’indigne Vicky Brazeau, co-porte-parole de l’action.

Depuis 2014, les mesures d’austérité du gouvernement Couillard totalisent plus de 4 milliards $, ce qui ne manque pas d’affecter directement la population. « On s’adresse au gouvernement aujourd’hui afin qu’il cesse ses mesures d’austérité et respecte les choix de la population québécoise qui exige un réinvestissement massif dans l’action communautaire autonome, nos programmes sociaux et nos services publics », de préciser Caroline Déry, également co-porte-parole de l’action.

L’évasion fiscale, c’est assez !

Pendant que le gouvernement Couillard fait des choix politiques douteux qui, plus souvent qu’autrement, pénalisent les pauvres et enrichit les riches, rien n’est fait pour lutter contre l’évasion fiscale. Ainsi, l’État québécois se prive chaque année de 800 millions $ qui s’envolent impunément vers des paradis fiscaux au profit des banques et des multinationales. « Le manque à gagner, il n’est certainement pas dans les poches des personnes qui vivent de l’aide sociale et dont on menace de couper le chèque afin de faire des économies de quelques millions de dollars », affirme Caroline Déry. « De l’argent, il y en a au Québec, suffit de faire autrement, il y a d’autres choix possibles. Il est grand temps que le gouvernement s’engage sérieusement dans une véritable lutte à l’évasion fiscale et donne au Québec les moyens de financer adéquatement l’action communautaire, les programmes sociaux et les services publics ! »


Droit de manifester à nouveau bafoué

(NLL) Si le rassemblement du 30 septembre s’est relativement bien déroulé, le Service de police de la Ville de Québec a catégoriquement refusé de laisser les membres des groupes communautaires prendre la rue comme prévu dans le Petit Champlain. Les gens ont donc dû emprunter les trottoirs (sauf sur les quelques rues piétonnes du secteur).

« Le règlement de la Ville de Québec a été respecté à la lettre, l'itinéraire a été remis avant le début de la manifestation et pourtant le SPVQ nous a interdit de circuler sur la voie publique. C'est absolument révoltant », a déclaré Vicky Brazeau du Regroupement des organismes communautaire de la région 03. Rappelons qu'à l'adoption du RVQ 1091 en 2012, le maire de la Ville de Québec était sorti dans les médias pour déclarer que si l'itinéraire était remis 5 minutes à l'avance il n'y avait pas de problème. Visiblement, le Service de police de Québec a décidé de ne pas respecter la parole du maire.

Répression policière

«Les policiers menacent nos membres parce qu'ils ont un pied dans la rue, on menace nos porte-parole de leur remettre des constats d'infraction alors qu'aucune infraction n'est commise. Ces pratiques portent un nom, ça s'appelle de la répression policière. On cherche carrément à décourager la population de prendre la rue pour défendre leurs droits. Est-ce que c'est là qu'on est rendus à Québec ?», a dénoncé Vania Wright-Larin du Regroupement d'éducation populaire en action communautaire de Québec et Chaudière-Appalaches.

Mépris et désinformation à la mairie

Des porte-paroles des groupes communautaires se sont rendus à la réunion du conseil de ville du 3 octobre pour demander au maire de rappeler les services de police à l'ordre et de faire respecter le droit de manifester à Québec. Comme on pouvait s’en douter, ce dernier s’est rangé du côté des forces de l’ordre et a accusé les protestataires de vouloir « tester le système » et de mettre la sécurité de la population en danger (!). Face à un mépris évident, et une désinformation désinvolte, les groupes communautaires s’informent actuellement de leurs recours légaux pour faire clarifier la portée du règlement municipal encadrant le droit de manifester.

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Extrait du numéro d'automne 2016 du journal l'Infobourg.

Manifestation au Terminal de croisière