Les groupes de Québec du FRAPRU ont profité de la Semaine nationale d’occupation de terrains et de bâtiments pour ouvrir un squat en Basse-Ville le 11 mai dernier au terme d’une marche ayant rassemblé une centaine de personnes. L’absence de réaction de la police et le passage d’une première nuit ont pu laisser espérer que l’occupation serait tolérée. Malheureusement, un avis d’éviction fut donné au début de la deuxième journée d’occupation.

Ainsi donc le squat du 485, Raoul-Jobin a été évincé le 12 mai, vers 10 h 30, par le Service de police de la Ville de Québec, à la demande du propriétaire des lieux. Après lecture de l’avis d’éviction par le propriétaire, les occupantes et les occupants ont quitté les lieux pacifiquement et les ouvriers de la construction ont barricadé l’édifice. On ne déplore ni violence, ni arrestation. Seule ombre au tableau: un ticket injustifié donné à une journaliste de Droit de parole pour soi-disant s’être tenue dans la rue.

Même si elles auraient évidemment préféré que le squat vive plus longtemps, les personnes qui ont participé à l’occupation ne voient pas l’éviction comme une défaite. Au contraire, le maintien de l’occupation pendant 24 h a montré que, même en 2016, des actions directes ambitieuses pour le droit au logement étaient encore possibles. De plus, l’expérience du squat et de la solidarité concrète des nombreuses personnes venues en soutien fut très enrichissante.

Outre l’occupation du 485, Raoul-Jobin, les groupes du FRAPRU à Québec ont aussi organisé une occupation symbolique des terrains militaires de la rue Fiedmont à Sainte-Foy, ont collé des affiches et posé des banderoles sur les édifices abandonnés, les terrains vacants et les projets de condos du centre-ville, ont tenu des kiosques d’information sur la rue et organisé une tournée du quartier Saint-Sauveur.

L’espace pour construire du logement social ne manque pas

Toute la semaine, les groupes communautaires ont tenté de démontrer que des terrains pour construire du logement social, il y en a, ce qui manque, c’est la volonté politique et les fonds pour le faire. La plupart des actions visaient les nombreux terrains et bâtiments qui sont laissés à l’abandon un peu partout sur le territoire de la Ville de Québec alors que l’on peine à trouver des endroits pour développer du logement social. « Il faut dénoncer les propriétaires qui laissent des terrains ou des bâtiments à l’abandon dans les quartiers, cette pratique encourage la spéculation qui frappe le centre-ville », dénonçait Marie-Christine Gagnon du Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur (CCCQSS).

D’ailleurs, selon des données compilées par le CCCQSS, certains terrains abandonnés du quartier Saint-Sauveur ont vu leur valeur foncière augmenter de 230 à 450 % depuis 2010. « Dans le cas du terrain que nous avons squatté, sa valeur foncière a grimpé de 20 % entre deux rôles d’évaluation bien que l’on parle d’un terrain vague et d’un édifice qui se dégrade très rapidement, c’est un non-sens », dénonce Mme Gagnon. Pour la militante, les autorités compétentes doivent tout mettre en œuvre pour corriger la situation et faire en sorte que le droit au logement devienne une réalité pour l’ensemble des personnes et des familles de Québec.

Nicolas Lefebvre Legault, porte-parole du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, pense que la situation est d’autant plus odieuse lorsque l’on pense que certains terrains de propriété publique sont également laissés à l’abandon et pourraient être cédés au plus offrant. « Les différents paliers de gouvernement et certaines de leurs créatures sont d’importants propriétaires fonciers à Québec et plusieurs de leurs terrains ne sont pas utilisés, c’est choquant de les voir vendus à des intérêts privés pour développer encore plus de condos alors que l’on n’est pas capable de développer du logement social en ville », dénonce M. Lefebvre Legault. « L’ennui, c’est que les programmes de développement de logement social comme AccèsLogis sont sous-financés actuellement, ce qui rend impossible de développer, même sur des terrains publics, s’ils ne sont pas cédés de gré à gré. Les gouvernements doivent se donner les moyens de faciliter le développement du logement social, ce qui implique d’augmenter les budget et de réserver les terrains publics à des projets à but non lucratif », explique-t-il.

Les groupes de Québec du FRAPRU estiment que c’est important d’agir rapidement pour s’attaquer à toute l’ampleur des problèmes de logement. Selon les chiffres mêmes de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, pas moins de 270 000 ménages locataires ont des besoins impérieux de logement au Québec, dont 23 440 dans la région métropolitaine de Québec. Le problème est encore énorme : 16 % des ménages locataires de Québec consacrent plus de 50 % de leurs revenus pour le logement, ce qui est totalement inacceptable.

C’est dans cette optique que le FRAPRU et ses groupes membres revendiquent que les deux paliers de gouvernement investissent des sommes suffisantes pour que 50 000 nouveaux logements sociaux puissent se réaliser en cinq ans au Québec. Pour ce faire, ils exigent notamment que l’actuel programme québécois de logement social, AccèsLogis, soit maintenu et que son budget soit augmenté.

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Extrait du numéro de juillet 2016 du journal l'Infobourg

Vie et mort d’un squat