Photo : ©Florence Cassisi

Peu habitués à revendiquer pour eux-mêmes, les groupes communautaires multiplient les actions depuis la rentrée pour attirer l’attention sur leurs besoins. Pétition, manifestation, blocage, rien n’a été négligé, et une grève du secteur est même prévue au début novembre. Les organismes en ont assez du sous-financement et s’inquiètent de l’avenir de la défense collective des droits.

Texte : Nicolas Lefebvre Legault / Photo : ©Florence Cassisi

Le mouvement communautaire demande au gouvernement du Québec d’engager rapidement un rehaussement de son financement et de mettre fin aux mesures d’austérité. Par le fait même, les groupes communautaires veulent que l’on reconnaisse leur travail comme moteur de progrès social et que l’on respecte leur entière autonomie.

Des demandes claires pour les organismes communautaires

Depuis plusieurs années, les groupes communautaires déplorent leur sous-financement et les impacts de celui-ci sur les populations qu’ils desservent. « Pour nous, il est temps que le gouvernement comprenne les dommages causés par ses mesures d’austérité et par son refus de rehausser financièrement les organismes. Les conséquences de l’inaction du gouvernement sont multiples: augmentation de notre charge de travail, réduction de services et d’activités, chômage saisonnier et fermetures. Leur situation va en s’empirant et des changements doivent être apportés rapidement », explique Mme Vicky Brazeau, du Regroupement des organismes communautaires de la région de Québec.

Avec un financement moyen de 56 000 $ par année, les organismes de défense collective des droits sont parmi les organismes communautaires les moins bien financés au Québec. « Ce sous-financement nuit à nos actions à un moment où les écarts se creusent entre les riches et les pauvres, où le gouvernement coupe dans les programmes qui visent justement à redistribuer la richesse et où les dénis de justice se multiplient », déplore Blanche Paradis, présidente du Regroupement des organismes en défense collective des droits. Les organismes de défense collective des droits, dont le budget n’a pas été indexé depuis sept ans, estiment qu’il faudrait 40 millions $ supplémentaires pour remédier à leur sous-financement. Ils revendiquent également un financement stable, garanti par des protocoles d’entente d’au moins trois ans, et un mécanisme d’indexation. Le 18 septembre dernier le Regroupement des organismes en défense collective des droits a remis à Manon Massé, députée de Québec solidaire, une pétition de 12 000 noms en appui à ses revendications pour dépôt éventuel à l’Assemblée nationale.

Du côté des organismes en santé et services sociaux, beaucoup plus nombreux que les groupes de défense collective de droits, on estime le manque à gagner à 225 millions$ par année. Même si ce secteur profite d’un mécanisme d’indexation, les groupes revendiquent aussi une meilleure méthode de calcul, le 1 % accordé l’an dernier ayant laissé un goût amer.

L’austérité n’est pas la solution

Les organismes affirment que l’austérité n’est pas la solution pour équilibrer les finances publiques. « L’austérité fait partie du problème. Elle augmente la pauvreté et fragilise notre filet social. Pour nous, il est clair que nos décideurs publics doivent refaire leurs devoirs et mettre fin, sans tarder, à leur politique d’austérité », explique Caroline Toupin du Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec. Pour les groupes, les deux enjeux sont intimement liés : en coupant les services et en détériorant les droits des personnes marginalisées et en situation de pauvreté, l’austérité s’attaque aux organismes communautaires. Plus les besoins de la population augmentent, plus les groupes sont sollicités, sans voir leur financement rehausser.

Les groupes communautaires se battent chaque jour contre les conséquences de la pauvreté, ils travaillent pour améliorer les conditions de vie de toute la population et c’est pourquoi ils exigent la fin des compressions budgétaires massives et un réinvestissement dans les services publics et les programmes sociaux. La mobilisation se poursuit et culminera les 2 et 3 novembre prochains par une grève nationale du communautaire sur le thème « On ferme ! Le communautaire dehors contre l’austérité ».


[en action]

(NLL) Le 30 septembre au matin les fonctionnaires du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) ont eu la surprise de voir les portes de leur ministère, à Québec, bloquées par quelque 250 personnes déterminées. Après les pétitions, les rassemblements et les marches, et face à un gouvernement qui les ignore, les organismes communautaires ont décidé de hausser le ton et d’augmenter la pression. Le blocage non violent, qui a duré un peu plus de deux heures, s’est terminé par une manifestation.

Lieu et date symboliques

Le 425, Saint-Amable a été choisi pour le blocage parce qu’il abrite le ministère responsable de l’application de la politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome. Le 30 septembre marquait les 6 mois restants aux protocoles d’entente de la vaste majorité des groupes de défense collective des droits du Québec. « À 6 mois de l’échéance, les organismes n’ont aucune nouvelle quant aux intentions du gouvernement à leur égard. À l’heure où les programmes sont révisés, où le MTESS fait face à des compressions, l’absence d’engagement inquiète les groupes, dont plusieurs craignent pour leur existence. On veut un engagement ferme du ministre sur le maintien et la bonification des subventions », a martelé Mme Caroline Toupin, l’une des porte-parole de la mobilisation.

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Extrait du numéro d'automne 2015 du journal l'Infobourg.

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