Par neonyme

Non au projet du Groupe Casot, qui veut transformer en complexe à condos les lieux de l’ancien squat de la rue de la Chevrotière.

« Casot dehors » : ces deux mots résument bien le message porté par plus d'une centaine de manifestants rassemblés par les anciens occupants du 920, de la Chevrotière, à l'occasion d'une marche dans les rues des quartiers Saint-Jean-Baptiste et Montcalm qui a eu lieu le 26 septembre à Québec. Cette marche s'est mise en branle devant l'ancien squat, maintenant désert depuis l'éviction effectuée par les policiers le 20 septembre. Elle s'est ensuite dirigée vers les édifices du groupe Casot situés sur la rue du même nom, dans le très chic quartier Montcalm, pour s'y arrêter longuement.

Le Groupe Casot est le promoteur qui tente d'acheter les terrains en tête de l'îlot Berthelot, à l'endroit même où se trouvait le squat, pour y construire un luxueux complexe d'habitation en condominiums ayant façade sur le boulevard René-Lévesque, avec la complicité de la Fédération régionale des Coopératives d’habitation de Québec (FECHAQ) qui obtient une partie de ces terrains pour y construire des unités en coopérative sur les espaces les moins intéressants. Le conseil exécutif de la Ville de Québec a d'ailleurs adopté une entente de principe fin septembre, et franchi ainsi un pas de plus vers la vente de plus en plus imminente de ces terrains. La Ville essaie de se montrer conciliante avec cette approche mixte condos/coops mais les militants ne l'entendent pas ainsi.

Comme la crise du logement s'aggrave et qu'on peut déjà prévoir le pire pour l'an prochain, les anciens occupants ont décidé de ne pas lâcher prise, malgré leur éviction du 920, de la Chevrotière, et continuent avec ardeur leur combat pour du logement social. Pour eux, le projet mixte est une insulte aux nombreuses personnes qui en arrachent pour se loger, car les besoins les plus criants ne peuvent pas être comblés par la construction de condos, quoi qu'en disent les autorités de la Ville. Les logements que libéreront les acheteurs ne sont pas les plus abordables, ni les mieux situés, et de toute façon ils seront insuffisants. En outre, la construction de condos en pleine ville diminue d’autant l'espace pour des logements sociaux là où on en a le plus besoin, dans les quartiers centraux et populaires. Ces quartiers deviennent de plus en plus inaccessibles en raison de ce phénomène désigné sous le terme « gentrification » et qui devient un ennemi insidieux à combattre, le principal cheval de bataille des anciens squatteurs et de leurs sympathisants.

Pour l'instant, la lutte se concentre sur le projet du Groupe Casot. Les militants souhaitent que le promoteur immobilier le retire de façon volontaire. Des lettres, des communiqués de presse, des discours sont autant de moyens qu'ils prennent pour faire passer leur message et tenter de sensibiliser la ville comme le promoteur immobilier. Mais le train roule et il semble difficile de l'arrêter.

Devant l'édifice dans lequel se cachaient probablement quelques responsables de la société immobilière, les manifestants ont réclamé que ceux-ci se présentent en personne, ce qu’évidemment ils n'ont pas fait. Des porte-parole ont alors pris la relève afin d'expliquer les démarches de sensibilisation en cours, et pour réitérer sur place leurs revendications et les raisons qui les motivent. On en a profité pour mettre en lumière la mauvaise foi et l'incompétence des divers acteurs dans la saga de l'îlot Berthelot et de la crise du logement, comme les élus municipaux et la FECHAQ.

Les manifestants se sont promis de ne pas lâcher le morceau et que ce combat, loin de finir, en est plutôt à son début. L'expérience du squat n'est ni une victoire, ni un échec, contrairement à ce qu'essaient de faire croire plusieurs élus et chroniqueurs, elle a plutôt constitué une étape dans la lutte et un beau moment d'éducation populaire qui ne doit pas en rester là.

(Source : Centre des Médias alternatifs de Québec, http://www.cmaq.net)

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Extrait du numéro de novembre 2002 du journal l'Infobourg.

Suite du squat : « Casot dehors! »