par Nadine Davignon

8 h 15, mardi matin. Un jeune père sort de l’étroit escalier de son appartement, un enfant emmitouflé sous un bras, une poussette et de nombreux sacs dans l’autre. Alors que tout semble plus complexe au centre-ville, pourquoi ces familles choisissent-elles d’habiter ici? J’ai rencontré Sébastien et Marie-Ève du Centre famille Haute-Ville pour comprendre leur réalité.

Une vie de quartier

C’est d’abord l’esprit d’entraide et de voisinage qui attire les familles ici. On peut facilement tisser des liens avec d’autres familles. La vie en appartement oblige à sortir davantage. Les gens se retrouvent au parc, se rencontrent dans un café, se saluent sur la rue, se revoient à l’épicerie… Lorsqu’ils doivent quitter le quartier, c’est bien souvent ce sentiment d’appartenance qui leur manque le plus.

Ensuite, les familles trouvent la plupart des services à proximité, comme l’école et le CLSC, ainsi que les commerces dont ils ont besoin, de même que leur lieu de travail. C’est un autre avantage de taille pour les familles, dont plusieurs vivent sans voiture. On nous souligne cependant deux lacunes, soit un magasin abordable de vêtements pour enfants et une maison des naissances accessible sur la rive nord.

Peu de logements

Le Faubourg Saint-Jean-Baptiste a aussi ses désavantages. Son principal défaut est le manque de grands logements (51/2 et 61/2). Il en existe peu, car plusieurs ont été subdivisés illégalement en chambres ou en studios. Lorsque ces logements sont miraculeusement disponibles, leur prix est souvent trop élevé. Le départ des familles serait principalement dû à ce manque d’espace à prix abordable. La nouvelle coopérative L’Escalier vise à répondre à ce besoin, en réservant une vingtaine de grands appartements aux familles.

D’autre part, les familles peuvent vivre de la discrimination lorsqu’elles se cherchent un logement. Prétextant le bruit causé par les enfants, certainEs propriétaires peuvent être « réticentEs » à louer à une famille.

Transport

Lorsqu’on les questionne sur les éléments à améliorer, c’est la circulation automobile qui est d’abord mentionnée. Sébastien explique comment la vitesse excessive de plusieurs automobilistes nuit au quartier, tant du point de vue de la qualité de l’air, du bruit, que de la sécurité. Malheureusement, ces conducteurs et conductrices agressif-VEs viennent souvent de l’extérieur du quartier et sont peu sensibles aux dangers qu’ils et elles représentent pour les piétonNEs, en particulier pour les enfants. À son avis, le statut de l’automobile serait à revoir dans tout le quartier.

Toujours sur la question du transport, il existe un règlement au RTC empêchant d’avoir des poussettes dépliées à bord des autobus. Essayez de faire monter un jeune enfant à bord, en plein hiver, en refermant d’une main la poussette et en essayant de mettre votre billet dans la fente avant que la ou le chauffeur ne redémarre! À l’heure de Kyoto, il est étonnant que ce règlement soit toujours en place, car il réduit l’utilisation du transport en commun par les familles ayant de jeunes enfants.

Parcs, accès aux commerces et toxicomanie
La vie en appartement rend plus que nécessaire la présence de terrains verdoyants où les enfants peuvent se dégourdir. Il y en a bien peu dans le quartier. Les familles réclament également un aménagement plus adéquat des aires de jeux. Il n’existe, par exemple, aucun module de jeu pour les enfants de moins de cinq ans dans nos parcs. Pour en trouver, il faut aller jusqu’à la rue des Franciscains, dans Montcalm, ce qui rebute plus d’un parent.

Bien qu’ils soient situés à proximité, plusieurs commerces ne sont malheureusement pas conviviaux pour les familles, parfois à cause d’une marche ou de la porte d’entrée qui limite l’accès aux poussettes, parfois à cause de l’attitude du personnel qui crée un malaise chez les parents. Au Centre famille, on aimerait bien voir apparaître un symbole « Bienvenue aux familles » dans les fenêtres des commerces…

Enfin, malheureusement, la toxicomanie n’est pas absente de notre quartier. On retrouve des seringues souillées dans certains secteurs. Les parents s’inquiètent de la prolifération de ce phénomène, à la fois pour le danger que représentent les seringues et pour la délinquance qui y est souvent associée.

Pourquoi garder les familles
au centre-ville?

« Il FAUT qu’on soit capable d’élever des enfants en ville, souligne Sébastien. Il devrait y avoir des familles partout, dans tous les environnements. Si une personne aime la ville, son grouillement d’activité et de monde, la proximité des services, il n’y a pas de raison pour qu’elle ne puisse continuer à y vivre lorsqu’elle décide d’avoir des enfants ». Il est sain que les différents types de citadinEs se côtoient. La présence de familles dynamise l’ambiance dans les rues et les cours, soutient l’économie du quartier et contribue à bâtir un tissu social et une vie de quartier intéressante.

Le Centre famille Haute-Ville, situé au 597, rue Richelieu, est un lieu de rencontre et de ressources pour les parents. Téléphone : 648-1702

Revendications
politiques
au Centre famille

Le Centre famille Haute-Ville met actuellement en place un nouveau comité qui vise à donner une voix plus forte aux familles sur les plans municipal et provincial. À titre d’exemple, ce comité appuie la revendication pour les allocations parentales universelles, visant à offrir un soutien économique à tous les parents lors de la naissance ou de l’adoption d’un enfant. Selon le comité, c’est la parentalité qui justifie cette aide, et non le fait d’avoir participé au marché du travail dans les 52 semaines précédentes. Pour informations : 648-1702

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Extrait du numéro d'hiver 2005 du journal l'Infobourg.

La vie de famille dans Saint-Jean-Baptiste