Par Mathieu Houle-Courcelles

Le 15 juin dernier, la Ville de Québec procédait à une consultation publique sur son projet de politique de l’habitation. Cette politique devrait permettre d’orienter les actions de la municipalité en matière de développement résidentiel, en plus de donner des balises pour la construction, la rénovation et l’entretien du parc de logements sur le territoire de la nouvelle ville. De vastes consensus ont émergé de cette consultation : le besoin marqué de logements sociaux, l’augmentation faramineuse du coût des loyers, les problèmes de salubrité et le manque de logements adaptés. La grande majorité des participantEs s’entendent pour dire que le logement est un droit et qu’à ce titre, la Ville a des responsabilités envers ses citoyenNEs. Pourtant, les responsables municipaux continuent de se gargariser avec le vocabulaire des associations de propriétaires, la CORPIQ en tête.

Des « gains » pour les locataires…
Les locataires ont tout de même fait quelques « gains », la Ville ayant corrigé le tir sur un certain nombre de points importants. Ainsi, la municipalité reconnaît maintenant qu’elle a un rôle à jouer pour rendre disponible « des logements de qualité, à prix accessible et répondant à tous les besoins ». Le logement n’est pas strictement une responsabilité individuelle, comme on le suggérait avant. Il faudra sans doute rappeler cette position à la Ville, elle qui a tendance à l’oublier.

Au niveau de la qualité des logements, Québec s’engage à adopter un code du logement uniformisé et un service d’inspection gratuit et accessible sur l’ensemble de son territoire. La Ville fera également des représentations auprès du gouvernement pour qu’il adopte un code provincial d’habitabilité. C’est encore loin des revendications soumises par les groupes communautaires, mais au moins, on va dans la bonne direction. Espérons que nous aurons notre mot à dire lorsque ce nouveau code du logement sera élaboré, de manière à corriger les lacunes actuelles.

D’autre part, la Ville a reconnu que sa réserve foncière (les terrains inoccupés qu’elle possède ici et là) peut jouer un rôle important pour favoriser le développement de nouveaux logements sociaux. Elle parle même d’étudier la possibilité « d’augmenter sa banque de bâtiments disponibles pour la transformation en logements sociaux dans les secteurs déjà développés ». Pourquoi ne pas commencer en expropriant les nombreux édifices abandonnés qui jonchent le centre-ville et qui ne servent qu’à la spéculation immobilière?

Les locataires ont également marqué d’autres points au niveau de l’accessibilité universelle des logements, grâce à la mobilisation massive des personnes à mobilité réduite lors des consultations.

…et pour les propriétaires
Malheureusement, on doit constater que sur plusieurs enjeux, la voix d’une poignée de gros proprios compte plus que celles de milliers de locataires. Malgré l’opinion contraire exprimée par une très large majorité de participantEs, la Ville continue de promouvoir un changement dans la méthode de fixation des loyers, de manière à « encourager » (lire « enrichir ») les propriétaires à faire des travaux majeurs. Le président de la CORPIQ, Luc Courtemanche, était le seul à applaudir… Toutefois, la pression exercée par les locataires a forcé la Ville à nuancer cette position controversée, en précisant que « ces modifications devraient toutefois se limiter à des travaux qui ont une incidence sur l’habitabilité des logements ».

Autre point litigieux, la question des suppléments au loyer sur le marché privé a suscité pas mal de débats en atelier. Les propriétaires, opposéEs à la construction de nouveaux logements sociaux, sont convaincuEs qu’il s’agit de la meilleure solution pour contrer les effets de la crise du logement. En fait, c’est la plus rentable pour les proprios, qui reçoivent ainsi de l’argent sonnant pour leurs logements hors de prix. La Ville s’est rendue en partie à leurs arguments, indiquant que « le supplément au loyer est une mesure qui permet, à court terme, d’aider un nombre plus grand de ménages pour un même montant d’argent ». Ce que la Ville omet de dire, c’est que les suppléments au loyer sur le marché privé coûtent, en définitive, deux fois plus cher aux contribuables qu’une subvention équivalente dans un HLM…

En définitive, nous devrons sans doute attendre encore plusieurs années avant de voir ce que la Ville mettra vraiment en œuvre dans sa politique de l’habitation. Mais notre patience a des limites. La municipalité doit prendre dès l’automne les mesures nécessaires pour s’assurer que les objectifs qu’elle s’est donnés ne restent pas lettre morte et finissent, une fois de plus, sur une tablette.

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Extrait du numéro d'été 2005 du journal l'Infobourg.

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